Ouezzane

Situé entre Meknès et Chefchaouen, à la frontière sud des montagnes du Rif, Ouezzane est une localité historiquement connue par sa population multiculturelle. En effet, Moulay Abdellah Ben Brahim était responsable religieux des musulmans. Ceux de descendance juive considèrent le Rabbin Amrane Ben Diwan

comme le plus important homme religieux de la région, et de nombreuses personnes de confession juive font chaque année le pèlerinage jusqu’à sa tombe. De manière générale, Ouezzane a des liens historiques intéressants avec les Musulmans et les Juifs.

Histoire

Les origines de la ville de Ouezzane restent incertaines et confuses. Certains font remonter son existence à l’antiquité romaine. Les études consacrées à l’histoire de la ville en donnent trois versions différentes de l’origine du nom :

  • Le mot serait d’origine latine et aurait été donné à la ville par un empereur romain dont le prince héritier (Ozinos) aurait porté ce nom.
  • Son origine arabe viendrait de Al Ouezzane (le peseur) attribué à un certain Abdeslam, propriétaire de balance qu’il entreposait à l’entrée de la ville. Les commerçants étaient obligés de recourir à ses balances pour peser leurs produits.
  • Le mot serait dû à la contraction de l’expression Oued Ezzine du fait de la beauté frappante des sites panoramiques de la ville.

Les traces du passage de Moulay Abdallah Chérif, grand maître du soufisme et descendant d’Idriss II et du rabbin faiseur de miracles Amram ben Diwan font de Ouezzane une ville doublement sainte. Le premier y a créé en 1649 une zaouïa, centre religieux et savant. Berceau de la confrérie religieuse des Taïbia, cette zaouïa devient au cours des 18ème et 19ème siècles un centre politique et spirituel important. De nombreux pèlerins viennent visiter son tombeau chaque année. Le second a son tombeau à Azjen, à quelques kilomètres de la ville.

C’est une des rares anciennes villes à n’être pas ceinte de remparts ; pas de murs crènelés, ni de portes fortifiées monumentales comme partout ailleurs au Maroc. Cette particularité réside vraisemblablement dans l’histoire de la ville. La puissance de la confrérie Ouazzania la mettait probablement à l’abri des menaces, de même le caractère sacré de la cité pour les croyants la rendait inviolable à leurs yeux. Le Chérif ou Saint de la région, considéré comme un des hommes les plus saints du pays après le roi, est considéré avec beaucoup de respect. Il vit hors du centre de la ville dans un sanctuaire entouré de jardins.

La moitié sud de la ville forme la vieille zone juive et a une atmosphère andalouse due aux maisons extravagantes avec balcons qui conservent toujours leurs charmantes tuiles. Le fameux rabbin et autres Juifs ont été enterrés dans un cimetière à l’extérieur de la ville dans la zone connue sous le nom d’Azjem.

Toutefois, il existe des portes associées aux murs extérieurs des demeures anciennes. Ces portes, qui permettaient de clore la Médina à la manière d’une enceinte, ne présentaient pas un système fortifié réellement définitif. La première porte daterait du 17ème siècle. La seconde porte, Bab Jmouâa, est constituée par un arc outrepassé brisé doublé par un arc à lambrequins, les écoinçons sont ornés de riches motifs géométriques sculptés et le tout est surmonté d’une console pilastre supportant un auvent de vernissées.

Les passages couvert ou sabats sont peu nombreux et constituent une spécificité de la cité. Certains de ces passages sont coiffés par une succession d’arcades qui forment parfois des voies étroites et basses, voûtées et coudées.

Dar-Sqaf est le quartier le plus ancien de la médina. Il est le site du village original dans lequel se serait installé le fondateur de la confrérie Ouazzanie Moulay Abdallah Cherif dont la demeure subsiste toujours au même endroit. Ce quartier est associé à celui de la zaouïa car il abrite la célèbre mosquée qui porte le nom du quartier et réputée par son minaret octogonal. Le bâtiment principal consiste en un vaste patio autour duquel une galerie à arcs brisés distribue quatre salles de même dimensions ornées de portes, de fenêtres et de somptueux plafonds de bois peints. La sobriété de la décoration et la majesté des proportions en font l’un des plus purs produits de l’architecture locale. Ce bâtiment ne devait servir que de résidence et de siège administratif. Il abritait également un palais réservé à l’accueil des affiliés et des pèlerins.

Le quartier Mellah abritait la communauté juive. L’ensemble de ces quartiers représente le cœur de la médina. Ils sont tous reliés à un centre commercial où sont regroupées les principales activités commerciales dont la principale est le commerce de la jellaba Ouazzania. Les rues de ce centre, exclusivement réservées au négoce, sont bordées de boutiques juxtaposées sans discontinuité et présentant un ensemble de constructions d’architecture homogène.

Géographie

La ville de Ouezzane se situe aux marges méridionales du pays Jebala. Elle est bâtie en amphithéâtre sur le flanc nord du Jbel Bouhlal et le flanc sud-est du Jbel Bouakika. Elle est traversée par un seul axe routier d’est en ouest qui se divise en deux branches à chaque extrémité.

Elle est située à une altitude de 614 mètres et est protégée des influences atlantiques par les montagnes environnantes de moyenne altitude. Elle bénéficie d’un climat méditerranéen sub- humide caractérisé par un été sec avec des températures variant entre 19 °C et 32 °C et un hiver froid à doux avec des températures variant entre 6 °C et 14 °C. La moyenne annuelle des précipitations est de 800mm irrégulièrement répartie.

Économie

La ville de Ouezzane est reputée pour ses oliveraies et la production d’huile d’olive de qualité.

Ville d’artisanat depuis près de 4 siècles, Ouezzane abrite plusieurs corporations de métiers animés par plus de 5000 artisans et 3 coopératives artisanales.

Parmi les activités qui ont pu subsister, on trouve :

La filière lainière

Le tissage de la laine est la principale activité et la plus ancienne. La «jellaba ouazzania» (vêtement porté aussi bien en hiver qu’en été) assure la renommée de la ville.

Les métiers du bois

La ville de Ouezzane se distingue par l’exercice du métier de tourneur de bois qui s’est développé grâce à l’abondance de la matière première offerte par l’arboriculture. Les tourneurs de bois produisent des éléments et des articles au profit d’autres métiers artisanaux à savoir : des rouets pour les fileuses et les tisserands (Naoura), des planches à laver (Ferraka), des piques à brochette…

La réputation des tourneurs  de bois Ouezzanis est due à trois types de produits très particuliers :

  • le sebsi, une pipe spéciale.
  • le tsabih, chapelet religieux.
  • la ghayta, un instrument de musique à anche de la famille des hautbois, au timbre perçant.

la production
d’olives et d’huile

Ouezzane est considérée comme étant un acteur important dans le processus de la production nationale. La production des olives dans la province de Ouezzane pourrait atteindre environ 100 000 tonnes par an (estimation de 2013), par rapport à la production nationale du Maroc 1,5 million de tonnes par an, selon les prévisions de la Direction Provinciale de l’Agriculture (DPA).